Nathalie Delaisse, orthophoniste formée en Belgique et vivant à Maurice depuis 2017, fait partie de la belle équipe de thérapeutes travaillant au centre paramédical Life Act. L’objectif du centre : aider à améliorer la qualité de vie des patients en se focalisant sur la rééducation et la réhabilitation. Nathalie, elle, accompagne les enfants à partir de 5 ans et les adolescents ayant des troubles spécifiques de l’apprentissage, tels que la dyslexie. Elle nous explique tout !
Tout d’abord, il est important de faire la différence entre les difficultés et les troubles d’apprentissage. Les difficultés d’apprentissage ont souvent des causes multiples, généralement liées à des circonstances particulières et pouvant avoir une source affective. L’anxiété ou le manque de motivation, par exemple, peuvent affecter la disponibilité de l’enfant à apprendre.
Chez les enfants dyslexiques, les signaux d’alerte incluent des problèmes de reconnaissance des lettres et des graphèmes, des inversions et des confusions visuelles des lettres, ainsi qu’une lecture lente et laborieuse. À 6 ans, par exemple, si l’entrée dans l’écrit est laborieuse, c’est également un signal d’alerte pour l’enseignant.
Les troubles de l’apprentissage ne sont ni liés à un manque d’intelligence ni à de la paresse. Au contraire, les enfants concernés doivent souvent travailler encore plus dur et fournir deux fois plus d’efforts par rapport aux autres. Certains d’entre eux, bien que dotés d’un haut potentiel intellectuel, peuvent être dyslexiques. D’autres peuvent avoir un profil cognitif plus lent, mais cela ne signifie pas qu’ils sont incapables de réussir.
Au-delà de ma passion pour la langue française, j’adore travailler avec les enfants et être dans le milieu du soin. Mon objectif principal est le bien-être de l’enfant.
Le jeu, sous forme de jeux de cartes ou de plateau, fait partie intégrante de notre pratique. Il est indispensable pour établir un lien de confiance avec l’enfant et susciter du plaisir en séance. Ces deux facteurs rendront l’élève disponible aux apprentissages. Notre travail consiste à établir des stratégies compensatoires basées sur les points forts de l’enfant pour contourner ses difficultés et accéder à la compétence visée. Par exemple, grâce à des images mentales, les flashcards, et diverses astuces mnémotechniques pour éviter les confusions visuelles entre “b” et “d”, entre autres…
Ces enfants peuvent souffrir de décrochage scolaire ou même de phobie scolaire. Pour éviter cela, l’accueil à l’école doit être chaleureux et sécurisant, avec des enseignants bienveillants, qui sont prêts à s’adapter aux besoins spécifiques des enfants et à les intégrer au mieux dans la classe. Il est important de ne pas les traiter comme des élèves turbulents et de reconnaître qu’ils ont une réelle volonté de réussir.
L’idéal serait que les établissements scolaires offrent à la fois des classes traditionnelles et des espaces personnalisés pour répondre aux besoins individuels. Par exemple, un enfant de 8 ans qui rencontre des difficultés en lecture, mais qui excelle en mathématiques, pourrait bénéficier de temps individuels pour progresser à son rythme en cours de français tout en restant avec ses camarades en classe de mathématiques.
Des adaptations et aménagements sont nécessaires comme la mise en place d’un ordinateur, d’une aide extérieure pour l’explication des consignes écrites, la présence d’un AESH (Accompagnant des Élèves en Situation de Handicap) peut être bénéfique pour aider l’enfant à rester concentré et à suivre les cours efficacement.
À la maison, offrir un temps de qualité à son enfant me paraît le plus essentiel, que ce soit autour d’un jeu, d’un album de jeunesse, de la préparation du repas… en adoptant une écoute attentive et une disponibilité réelle pour son enfant. Les parents jouent également un rôle crucial en travaillant avec leur enfant sur son estime de soi, “tu vas y arriver”, “sois fier de tes progrès”, pour qu’il puisse se protéger contre les moqueries éventuelles.
Chaque enfant possède en lui une richesse fondamentale qui demande à être entendue et comprise. L’écoute attentive joue un rôle crucial dans ce processus, car elle encourage l’enfant à s’exprimer pleinement, sans inhibition. En lui accordant cette qualité d’écoute, les parents lui offrent l’espace nécessaire pour s’épanouir. Certes, le sport, la musique, la philosophie offrent des voies d’expression et de découverte de soi. Mais il est essentiel de reconnaître l’importance du vide, que l’enfant s’ennuie. En lui donnant le temps nécessaire pour se découvrir, pour comprendre ce qu’il aime et ce qui le passionne, on lui permet de cultiver sa confiance en lui–même et de développer son potentiel. Finalement, il s’agit de trouver un juste équilibre entre les activités et les temps calmes.
Chez les plus petits, des progrès peuvent être observés après quelques séances seulement. Pour les plus grands, cela peut prendre quelques mois ou quelques années, avec des pauses éventuelles si je considère que l’enfant ou l’adolescent n’est plus réceptif. Après un an de rééducation, un bilan d’évolution est effectué, où l’on compare les résultats avec ceux du bilan initial. Les tests utilisés sont des batteries d’examens étalonnées et catégorisées sous différents modules testant la phonologie, les facteurs cognitifs, les deux versants du langage oral et/ou écrit.
Souvent, les enfants sont anxieux lors de la première séance car ils ont conscience des enjeux. On voit bien qu’ils n’ont pas envie d’être là. Les plus petits arrivent avec plusieurs doudous, lâchent difficilement la main du parent… Mais dès la deuxième séance, un changement drastique s’opère. Ils prennent du plaisir à apprendre et manifestent leur joie. À ce moment-là, je sais que c’est dans la poche !
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